Un peu pauvre. OK, on n'est pas chez Georges Lucas.L'intimité des corps, des esprits, du couple ne requiert pas le cinémascope. La DV suffira.
En parlant de ce film sur France Culture le week end dernier certains chroniqueurs comparaient avec des films d'Antonioni ou de Bergman mais un ton en dessous quand méme. Histoire de planter le décor.
Une histoire de couple qui se sépare.Ils habitent Lisbonne. Elle photographe (en hibernation semble-t-il), lui architecte. Pas d'enfants. Ils montent à Paris pour le mariage d'un ami. Retrouvailles, il leurs annoncent leur divorce. Stupéfaction. S'ensuit le quotidien d'une difficile séparation entre hésitations et expressions de rancoeurs longtemps refoulées.
Il erre dans la ville, croise une jeune femme avec qui il pourra espérer au moins une aventure. Il est le jeune homme libre, elle se plaint d'étre une future vieille femme seule et le lui reproche. Lui reproche sa mondanité, son embourgeoisement. Semble l'aimer a nouveau. Semblent s'aimer à nouveau. Et en rencontrant ce que l'on devine être "un ancien petit ami d'avant" que le veuvage a rendu libre elle se rétracte. Elle veut à nouveau le quitter lui pour partir rejoindre à Bordeaux celui que le hasard a mis à nouveau sur sa route. Le film se termine sur un quai de gare ou ils hésitent à nouveau. Seule l'affiche pourrait alors nous indiquer une issue. Mais elle est hypothétique.
Au delà quelles émotions ? Car finalement le cinéma nous doit bien cela. La surprise et l'interrogation quand deux femmes de ménage, dans cette scéne d'introduction, installent un lit pour lui dans la chambre d'hotel. Un couple ? certes ils échangaient séchement dans le taxi qui les menaient dans Paris. Mais le plan s'achéve sur une porte qui se ferme en les isolants chacun dans leur espace : ils font chambre à part. L'ennui du spectateur existe peu, on joue 'à la limite' car le tempo est finement ajusté. Un bon montage qui souligne plus que tout un agacement dans les scénes hésitantes ou maladroites. On le soulignera un peu plus bas mais les conditions de tournage font que la plupart des scénes, voire toutes sont improvisées. Cet agacement on le ressent aussi quand eux mêmes s'agacent. C'est triste à dire mais ces moments ou l'on ne s'aime plus quand on a aimé sont bien rendus. Mais c'est aussi quelques beaux moments de rire quand Jacques Doillon, dans son propre rôle, est volontairement verbeux lorsqu'il tente de charmer sa jeune ingénue. La magie enfin opére dans cette scéne nocturne de bistrot de Paris lors d'une rencontre improbable ou il écoute un ancien d'Algérie philosophe qui visiblement a besoin de parler.
Il y a donc un récit, une intrigue et une mise en scéne digne d'intéret. On trouve également des acteurs, non des moindres. Valeria Bruni-Tedeschi incarne son rôle d'excellence : celle de la trentenaire bourgeoise déphasée, en perdition ou en passe de l'étre. Parler d''archétype, d'icone. Oui, Valeria Bruni-Tedeschi est la trentenaire bourgeoise déphasée. En face Bruno Todeschini, bon acteur, connu également mais un peu moins. Cette matiére humaine est un autre intéret du film.

Mais peut étre ce qui constitue son intéret principal se joue à sa périphérie. Tourné rapidement, en onze jours, entre un metteur en scéne japonais et non francophone, une équipe de tournage et des acteurs d'exceptions autour d'un scénario volontairement squelettique. Tout le concept est là. Rien n'était préparé à l'avance et la plupart des scénes, des dialogues sont improvisés. Parfois l'improvisation est transparente et on est transporté. D'autres fois on frôle l'agacement et les échanges nous sont pénibles. Comme dans cette scéne ou les deux amies se croisent dans les toilettes aprés l'annonce de la séparation. Elles ne savent pas quoi se dire, tout comme les actrices. Une sonnerie de téléphone portable nous tirera de l'orniére.
Un film visible (ie que l'on peut conseiller de voir). Au cinéma ? oui et non, il a toute sa place sur Arte ou en DVD. En ayant pris soin peut étre de lire une fiche de lecture au préalable pour déceler les moments de gloire de la mise en scéne. Je laisse pour mémoires les éléments que l'on peut trouver de ca et là sur le net ou dans les revues de cinéma.
Exercice de style plus qu'OF(ilmé)NI.
@+, Bek
---
Pour mémoire :
Aux origines du projet
"Ce film est né de ma rencontre avec l'imagination et la force des acteurs, des techniciens et de toute l'équipe. A ce jour, si c'est le tournage le plus court que j'ai réalisé, c'est aussi l'expérience de la collaboration la plus fructueuse" avoue le metteur en scène Nobuhiro Suwa. Le metteur en scène avait l'habitude de travailler sans scénario, sur la base de quelques pages de synopsis seulement. Arte a financé le projet en imposant une seule chose: que le film ne dure pas plus de 1h40, pour permettre sa diffusion à la télévision.
Un tournage minimaliste
Le tournage a duré très peu de temps (onze jours en tout et pour tout), privilégiant le recours au plan-séquence et à l'improvisation des comédiens.
Un co-réalisatrice à l'écoute
Le rôle de Caroline Champetier a dépassé celui de chef-opérateur sur le film. Le réalisateur l'avoue: "Pour ce film, je la considère sans aucun doute comme co-réalisatrice." Ainsi elle s'est occupée de la décoration, des costumes et même du choix d'une partie du casting.
Japon/ France: une question de langues
Le réalisateur Nobuhiro Suwa ne parle presque pas le français. Il n'a pourtant pas ressenti cela comme un handicap sur le tournage, aidé qu'il était par sa traductrice et sa directrice de la photographie Caroline Champetier . Il confie: "Même quand je tourne un film dans ma langue maternelle, j'ai l'impression d'écouter les dialogues des acteurs moins pour leur signification que pour leur musicalité." Le film est donc une oeuvre collective qui repose autant sur l'équipe technique que sur les acteurs. Il précise :" Ce film n'est pas le fait d'une seule personne, et c'est heureux. Je l'ai fait avec des acteurs et une équipe française et n'ai, de fait, eu aucune inquiétude. Ayant, pour y vivre, une bonne connaissance de la société française, ils apportent au film la justesse de leur regard."
L'art du récit
Le personnage que Nicolas rencontre dans le café et qui lui raconte une histoire est un authentique conteur, qui est parti vivre quatre ans dans une réserve chez les indiens d'Amérique, où il a appris l'art de transmettre une histoire auprès d'une tribu. Il y a eu cinq prises de cette séquence au bar, avec un récit différent à chaque fois.
Amis de longue date Les deux acteurs principaux se connaissent depuis 18 ans. Valeria Bruni-Tedeschi et Bruno Todeschini ont en effet étudié le théâtre ensemble à l'école de Nanterre tenue par Patrice Chéreau.
Apparition
Le metteur en scène Jacques Doillon fait une apparition dans le film, y jouant son propre rôle.
extrait du site Allociné. Lire également la longue critique des Cahiers du Cinéma.
Recent Comments