Bon bah voila notre film francais un peu original de ces derniers temps. On croise Mathieu Amalric mais on ne fait que le croiser. Dans un role trés anecdotique et qui tourne à la parodie de ses roles habituels. En passant on se demande si il ne va pas virer facon Fabrice Luchini.
Bon pour le film, l'histoire préterait à rire : un homme se rase la moustache qu'il a toujours portée et constate que sa femme, ses proches et ses collégues ne remarquent rien. On lui confie d'ailleurs mordicus qu'il n'a jamais porté la moustache. Malgré toutes les vérifications imaginables (photographies, agent de police et controle d'identité) un conflit se crée entre sa conviction et le reflet du réel renvoyé par les autres. Il devient fou.
Alors on précise en plus que c'est Emmanuel Carrére qui a écrit le livre scénario et réalisé le film. Un romancier qui penche vers le cinéma, pourquoi pas. On citera l'écrivain Alain Fleischer qui est également peintre. Rappelons nous également les adaptations ultra rapides de romans a forte popularité : La Maladie de Sachs ou La Chambre des Officiers. Il y en a beaucoup d'autres (on passera sous silence Podium !). On notera qu'un livre précédent d'Emmanuel Carrére, l'Adversaire, récit de la chut d'un mythomane, a également été adapté à l'écran.
Or il y aurait tout intéret à lire le roman aprés avoir vu le film. Pas dans l'autre ordre car cela pourrait nous priver d'un beau coup de théatre qui sied bien à un suspense et a une complexité scénaristique d'une heure trente. Car il s'agit bien sur d'autre chose qu'une tragi comédie autour d'un rasage de moustache.
Car quand le délire, fatalement dérangeant, s'installe on se préte à réfléchir. Sur la communication dans le couple, le jeu des apparences et l'identité (est on ce que l'on parait ?). Ca nous laisse une ambiance proche de ses états de dépression ou l'on doute de tout. Ca rappelle un peu l'ambiance du Septiéme Ciel de Benoit Jacquot. Et pourquoi ne pas le dire une ambiance de divan de psychanalyste. Là le temps est abolit. On constatera (on frise l'effeuillage du dénouement) que le temps joue en boucle.
Pour ceux qui connaissent on tiens là, selon moi, un final proche de celle de Pi de Daren Aronofsky. Et on se demande quel point de vue choisi le cinéma pour nous présenter les choses. Celle d'un personnage ou celle du narrateur omniscient ? D'ou tout l'intéret de maintenant aller lire le livre. Le fil d'histoire qu'on suppose identique mais un traitement certainement fonciérement différent.
Egalement une réflexion sur le couple et ses équilibres. Dés qu'Il commence à péter un cable Elle flippe et les concessions communes disparaissent. La reprise de la cigarette, la perte de l'intéret pour un restaurant anciennement apprécié de concert et le détail comme peur de la séparation qui s'ensuit est une bonne démonstration par l'image et le récit. Le doute et la rupture se sont installés.
Ou est le réel ? des preuves de réalité jonchent le récit : la carte postale, la vérification de la gardienne de la paix. Ou est l'imaginaire ? quand Il voit sortir Elle de chez lui avec son collégue un peu trop prés d'Elle. Ou est la confusion ? partout, le chauffeur de taxi est il cette rencontre de vacances sur une jonque de Hong Kong.
Pour l'interprétation Vincent Lindon, toujours égal à lui méme. Un regard de chien battu et d'étre à la dérive, une bonne interprétation. Emmanuelle Devos en épouse (ambigue, attendrie, au bord de la crise de nerf, ...) joue pas si mal. Plutot un de ses trés bon films.
A voir donc, et à lire.
@+, Bek
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